MANGA >SÉLÉCTION
Les
incontournables
12 titres à lire pour découvrir la diversité graphique
et narrative du manga
Du plus simple au plus complexe, pour les plus jeunes comme pour les
plus âgés, du récit policier à la SF en
passant par le récit de samouraï, bande dessinée « d’auteur » ou
bande dessinée « commerciale », vous aurez un petit
aperçu de ce que le manga ou plutôt les mangas proposent.
Ces titres, qui mettent en avant des séries cultes ou des auteurs
phares, présentés dans un classement « du plus
simple au plus complexe », sont représentatifs d’un
style, d’un courant ou d’un genre.
Un document comprenant une séléction
d'environ 65 titres (selon mises à jour) commentés
et illustrés est disponible
à la consultation
(avec possibilité d'enregistrer une copie) au format *.pdf
ici :
Suggestions
bibliographiques (2Mo)

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AOYAMA Gosho. - Détective
Conan (série en cours au Japon et
en France, 55 volumes parus). - Kana.
Policier / Humour
Le jeune
Shinichi est un détective
surprenant, reconnu pour ses grandes qualités : sens de
l’observation, perspicacité, déduction logique.
Elevé par un père écrivain et entouré de
livres, il a pour modèle le grand Sherlock Holmes. Au
cours de ses premières aventures, des bandits lui font
boire un poison rapetissant, lui donnant l’apparence d’un
enfant de 6 ans. Shinichi se rebaptise alors Conan, et va tenter
de retrouver les malfaiteurs. Placé sous la protection
de Ran (fille d’un détective nullissime), dont il
est secrètement amoureux, Conan qui trouve toujours avant
la police la clé de l’énigme, se démène
pour mettre sur la bonne piste le malheureux enquêteur.
Et c’est loin d’être facile ! Sous le signe
de l’humour et de l’hommage parodique, cette série
qui évolue dans le Japon contemporain tout en se référant
explicitement à Doyle dans le déroulement des intrigues
policières, présente des personnages attachants
et des situations rocambolesques et amusantes. Aoyama, avec un
dessin expressif qui exagère avec humour les cadrages,
a su créer une série policière à la
fois originale et référencée au genre qui
séduira de jeunes et moins jeunes lecteurs.
A partir de 9 ans
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MATSUMOTO Leiji. - Galaxy
Express 999 (série complète
en 21 volumes) - Kana
Science-fiction / Fantastique
Après l'assassinat
de sa mère par le Comte Mécanique, le plus redoutable
des cyborgs, le jeune Tetsurô, bien décidé à la
venger, décide de devenir lui même un cyborg.
Seul moyen d'y parvenir : embraquer au bord du train intersidéral
Galaxy express pour atteindre Andromède, une planète
où les humains peuvent acquérir un corps mécanique.
Mais le voyage n'est pas gratuit… C'est alors qu'il rencontre
Maetel, une étrange jeune femme qui lui offre un billet
pour le Galaxy Express à condition qu'il l'accompagne
jusqu'au terminus. Tetsurô embarque donc avec Maetel
pour ce voyage intergalactique parsemé d'escales régulières
qui s'avèreront être autant d'embûches et
d'aventures. Chaque escale sur une planète donne lieu
au développement d'un court récit fantaisiste,
surréaliste ou symbolique, permettant à Tetsurô de
se forger une identité et d'affirmer ses convictions.
Ainsi la planète à trous permettra à Tetsurô de
s'initier à la natation aérienne et de croiser
quelques vaches et cochons géants des pâturages
spatiaux ! Sur la planète El Alamein, Tetsurô découvrira
que les machines de guerre ne demandent qu'à reprendre
du service au contact des humains. Sorte de voyage initiatique
et fantastique, cette traversée de l'espace sous forme
de nouvelles permet à l'auteur toutes les libertés
graphiques et narratives. Tout en préservant le mystère
de la destination finale du Galaxy Express et du rôle
de la belle Maetel -fée protectrice ou sorcière
?- l'auteur fait vivre à son petit personnage grassouillet
et naïf des aventures drôles et formatrices pleines
de clins d'oeils et de références parodiques
où la thématique générale développée
est celle des relations entre le robot et l'homme et la dénonciation
des travers humains. Plein de fraîcheur et de poésie,
ce récit est dû eu à un des derniers grands
mangakas de la génération de Tezuka encore en
activité. Créateur du célèbre Capitaine
Harlock (Albator), Matsumoto montre ici un grand sens du découpage
et de la concision narrative. Introduite en France sous forme
de dessin animé à la fin des années 80,
la série nous est enfin arrivée dans sa version
initiale papier, nous permettant de retrouver ce classique
(qui a marqué son époque) et qui mérite
réellement d'être (re)découvert par le
jeune public français.
A partir de 9 ans
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TEZUKA Osamu. – Phénix (série
complète en 11 volumes). - Tonkam (collection Tsuki).
Fantastique
Tonkam
a entrepris en 2007 la réédition d’une
des grandes séries cultes de Tezuka (déjà parue
en 2000), dans le sens de lecture occidental. S'inspirant de la
légende du phénix, oiseau mythologique dont le sang
est censé conférer l’immortalité, la
série raconte cette quête de la jeunesse éternelle
par plusieurs héros issus de civilisations différentes,
depuis l’antiquité japonaise jusqu’à un
futur lointain. Tezuka y déploie son immense talent de conteur
et de dessinateur, déclinant toute un éventail de
techniques narratives et graphiques. Débutée en 1967,
cette impressionnante saga (comprenant 11 volumes dans l’édition
française), interrompue par la mort de l’auteur restera
inachevée. Mais elle est une de ses créations les
plus ambitieuses et abouties où il a tenté de proposer à ses
lecteurs une véritable réflexion métaphysique
et une conception de la vie. Loin de tout manichéisme, entre
humour et tragédie, l’œuvre de Tezuka engage à réfléchir
sur bien des sujets tels que l'amitié, les guerres de pouvoir,
la folie, la quête du bonheur, l'intelligence artificielle,
le clonage…
A partir de 11 ans
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ARAKAWA Hiromu. – Fullmetal
Alchemist (série en cours au Japon et
en France, 15 volumes parus). – Kurokawa
Fantastique
L'un n'est
plus qu' une armure vide où est nichée
son âme, l'autre porte un bras et une jambe artificiels.
Les deux frères Elric, jeunes alchimistes aux pouvoirs étendus
ont perdu néanmoins une partie d'eux mêmes, pour avoir
bravé l'interdit alchimique en tentant de ressusciter leur
mère. Ils partent à la recherche de la pierre philosophale,
espérant retrouver leur corps humains... Série très
populaire au Japon ainsi qu'en France, relayée par la série
télévisée et le film live, ce shônen
manga mêle habilement le tragique et le comique à travers
ce récit de quête initiatique. La magie, la guerre,
la métamorphose, l'identité, l'intégrité physique
en sont les principales thématiques. Les références
mythologiques, ésotériques et historiques sont nombreuses
(en particulier à Hitler et à l'Allemagne de l'entre
deux guerres, au mysticisme nazi). Oeuvre d'une mangaka au graphisme
sobre et à la mise en page dynamique, cette série
pleine d'action et de réflexion présente une certaine
originalité et une richesse thématique dans l'univers
stéréotypé du shônen manga.
A partir de 12 ans
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OHBA Tsugumi et OBATA Takeshi. - Death
Note (série en cours au Japon et en
France, 7 volumes parus). - Kana
Fantastique / Policier
Light Yagami, un brillant
lycéen de 17 ans, découvre « le
livre des morts » qu’a habilement mis sur son chemin
un dieu de la mort facétieux. Light va découvrir
peu à peu les terribles pouvoirs de ce cahier dont le premier énoncé est
: « ceux dont le nom est inscrit dans ce cahier meurent».
Décidé à éliminer tous les criminels
de la terre, Light s’investit dans sa mission de purification
et d’édification d’une société nouvelle.
Pour cela, il lui suffit de consigner les noms et circonstances
de la mort de sa victime dans le Death Note. Communiquant par Internet
et utilisant les medias, Light qui s’est rebaptisé Kira
(= killer) multiplie les décès de criminels emprisonnés,
mais aussi de tous ceux qui vont se mettre en travers de son projet.
Utilisant également la position et les informations de son
père commissaire, Light se moque joyeusement de la police
et agit en toute impunité. C’est alors qu’un
mystérieux détective, habitué aux affaires
les plus complexes et mandaté par Interpol, lance un défi à Kira… Ce
récit policier et fantastique s'avère d'une grande
maîtrise scénaristique. L’affrontement psychologique
et intellectuel des deux personnages principaux se révèle
passionnant. Leur cohabitation obligée -Light va être
recruté par l’équipe du fameux détective-
permet de développer un suspense excitant. Malgré la
complexité des raisonnements et la densité des dialogues,
la mise en scène assurée par Obata (le dessinateur
d’Hikaru no go) se révèle fluide et riche en
cadrages variés. La touche fantastique et humoristique est
assurée par le personnage de Riûk, le dieu de la mort,
une espèce de géant punk, dégingandé et
bavard, qui accompagne Light partout sans que nul ne puisse l’apercevoir.
Ayant confié son Death Note à Light pour tromper
son ennui de dieu, il s’avère ravi de la situation
et ne cesse de jubiler face au machiavélisme du petit humain.
L’évolution de ce jeune garçon qui, de lycéen
modèle devient le plus grand criminel du monde, obnubilé par
sa mission insensée n’est pas forcément très
crédible. Mais elle permet de poser évidemment bien
des questions sur le pouvoir et la légitimité de
la violence : qui peut décider de ceux qui doivent mourir
? Prépubliée depuis 2005 dans le Weekly Jump (qui
s’adresse aux collégiens), la série déjà culte
au Japon est adaptée en épisodes animés et
en film. Enfin, pour rajouter au mystère, on ne sait rien
du scénariste qui s’abrite derrière le pseudonyme
d’Ohba, les éditeurs maintenant adroitement le
secret…
A partir de 12 ans
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YAZAWA Ai. - Nana (série
en cours au Japon et en France, 17 volumes parus). - Akata.
Vie quotidienne / Amour / Musique / Mode
Dans le Japon contemporain,
deux jeunes filles d’environ
20 ans portant le même prénom vont se rencontrer dans
le train qui les emmène à Tokyo et vont partager
le même appartement 707 (7 se dit nana en japonais). Le récit
va se construire autour de leurs personnalités et de leurs
cultures opposées : Nana Komatsu, candide et nigaude, rêve
de grand amour, Nana Osaki, indépendante et rebelle, monte à la
capitale pour fonder un groupe de rock. Leurs univers musicaux
et vestimentaires, l'un référencé à la
culture punk rock pour Nana Osaki et l'autre pop kitsch pour Nana
Komatsu qui paraissent incompatibles au début, vont finir
par s'influencer mutuellement tout comme leurs caractères.
Le thème de l'amour et en particulier de la dépendance
affective est central dans le récit. A travers les différentes
histoires de coeur des personnages, les mécanismes complexes
de l'attachement, de la possessivité, de la jalousie, de
la peur de la solitude se dévoilent. Le récit est
ancré dans un univers réaliste qui met en scène
le Tokyo « branché » et le milieu des musiciens
rock. Très marquée par les spécificités
du shôjo, la série qui est devenue culte au Japon
comme en France réussit néanmoins à dépasser
certaines limites et clichés du genre : les personnalités
sont riches, les itinéraires des différents personnages
multiples; la longueur de la série permettant de développer
cette complexité. Avec l'adaptation en série télévisée,
les deux films longs métrages (sortis en 2005 et 2006) ont
connu un succès immense au Japon.
A partir de 15 ans
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OTOMO Katsuhiro. - Akira (série
complète en 13 volumes). - Glénat (Akira).
Science-fiction
Néo-Tokyo, 2030,
après la troisième guerre
mondiale. Tetsuo est gravement accidenté lors d’un
rodéo à moto. Soigné et contrôlé par
les militaires, Tetsuo va devenir dément et faire partie
d’un groupe de mutants gardés secrets par l’armée.
L’un d’eux, Akira, possède une force psychique
titanesque impossible à contrôler... Réflexion
critique sur le pouvoir et les manipulations génétiques, évocation
de l’ultra violence urbaine avec en toile de fond le spectre
de la bombe d’Hiroshima, telles sont les caractéristiques
de cette saga démesurée qui dépeint aussi
une adolescence mal dans sa peau, en rupture avec la société.
Les monumentales scènes de destruction de Néo-Tokyo
et les pouvoirs parapsychiques des personnages sont des thèmes
qui ont su plaire aux lecteurs. Utilisant toutes les ressources
narratives du manga –rapidité du jeu des cadrages
et angles de vue, efficacité du découpage, caractère
visuel des actions-, cette série au dessin réaliste
dégage une énergie formidable. Ce succès international
(transposé en dessin animé pour le grand écran)
est la première œuvre à avoir popularisé massivement
les mangas en France.
A partir de 14 ans
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TANIGUCHI Jiro. - Quartier
lointain (série complète en 2
volumes ou intégrale). - Casterman (Ecritures).
Fantastique / Vie quotidienne / Famille
Après une soirée arrosée,
Hiroshi, cadre de quarante huit ans, rentre à Kyoto pour rejoindre sa femme
et ses deux filles mais se trompant de train, il se retrouve à Kurayoshi,
sa ville natale. Il décide d’aller se recueillir sur
la tombe de sa mère et alors qu’il fait appel aux
souvenirs du passé, et aux interrogations restées
sans réponse en particulier sur le départ brusque
et resté inexpliqué de son père du domicile
familial, il se retrouve brusquement tel qu’il était à l’âge
de 14 ans. Après un moment de stupeur et l’assurance
de ne pas pouvoir se réveiller de ce drôle de rêve,
Hiroshi retrouve sa famille, ses amis, l’école, sa
ville tel qu’ils étaient 30 ans auparavant et se trouve
ainsi condamné à revivre son adolescence. Mais revivre
son passé peut être aussi une chance. Aura-t-il la
possibilité de le modifier ? Peut-il tomber amoureux d’une
jeune fille de sa classe alors qu’il est père de deux
enfants ? Pourra-t-il empêcher le départ de son père
ou du moins le comprendre ? Analysant ses sentiments à la
fois comme un adolescent et comme un homme mature, tout en connaissant
l’avenir de son entourage, Hiroshi se révèle être
un personnage très attachant. Par ce bais du fantastique,
Taniguchi nous invite à un voyage à travers l’adolescence
explorant de façon convaincante et touchante cette expérience
de revivre son passé tout en gardant son savoir et son expérience
d’homme mûr. On y retrouve tout le charme de son approche
narrative lente et douce, son graphisme soigné et minutieux,
son goût pour la nostalgie, l’introspection et l’exploration
des relations familiales.
A partir de 14 ans
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URASAWA Naoki. - Monster (série
complète en 18 volumes). - Kana (Big Kana).
Thriller / Policier
1986, un jeune chirurgien
japonais Kenzo
Tenma, promis à une
brillante carrière travaille à l’hôpital
de Düsseldorf. Un soir, passant outre l’ordre de son
supérieur qui lui demande d’opérer d’urgence
le maire, il préfère sauver un jeune garçon
de 10 ans, Johann, grièvement blessé au cours d’une
tuerie où ses parents adoptifs ont été massacrés.
Sa sœur jumelle, très choquée, a survécu
au drame. Tenma est persuadé d’avoir bien agi en tant
que médecin. La mort brutale de son chef de service et de
deux assistants coïncident alors avec la disparition mystérieuse
des jumeaux. Tenma se retrouve propulsé chef de service
de chirurgie. Les années passent sans que soit éclaircie
l’affaire. Une série de meurtres enflamme alors l’Allemagne.
Tenma croise de nouveau le chemin de Johann qui lui révèle être
le tueur en série recherché. Tenma effondré se
rend compte qu’il a sauvé la vie de celui que l’on
surnomme « Monster ». Accablé de remords et
accusé à tort par la police d’un crime, Tenma
démissionne et décide d’aller au bout de son
enquête. Il découvrira les secrets d’un terrifiant
laboratoire orphelinat de l’ex-Allemagne de l’Est….
Best-seller au Japon, Monster est un thriller captivant au rythme
soutenu et aux actions entrecroisées. Décrivant avec
réalisme une Allemagne tout juste réunifiée,
et à travers les yeux d’un étranger, de surcroît
japonais, l’album permet de visiter divers milieux (médical,
policier, journalistique) comme celui de destins particuliers (le
légionnaire, le journaliste). L’intrigue policière
prime mais d’autres thèmes ou genres sont ébauchés
: espionnage, romance, fantastique, psychanalyse… Si le personnage
de Tenma, héros involontaire et naïf, est particulièrement
attachant, la galerie de personnages secondaires est à la
hauteur : au-delà des caricatures (la fiancée intéressée,
le collègue alcoolique, le journaliste amer, le commissaire
inquiétant), les relations de pouvoir, de séduction,
d’amitié sont crédibles. L’efficacité de
la mise en scène qui distille savamment l’angoisse
l’emporte sur un dessin parfois un peu académique.
Au total, ce manga capable de dérouler un récit émotionnellement
fort et inquiétant mais où les crises de conscience
et les relations psychologiques sont habilement mêlées
aux scènes d’action devrait séduire ceux qui
pourraient être encore hostiles au genre. Prix du scénario
en 2003 au FIBD d’Angoulême.
A partir de 14 ans
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KOIKE Kazuo et KOJIMA
Goseki. - Lone Wolf and Club (série
achevée au Japon en 28 volumes, en cours en France).
- Generation comics.
Histoire / Samouraï
Avant d’être un samouraï sans maître,
Ogami Itto était l’exécuteur du shogun, celui
qui donne le coup de grâce aux seigneurs condamnés à se
faire seppuku. Ce prestigieux poste fort convoité le plonge
au cœur d’un complot fomenté par le puissant
clan Yagu où il perdra son honneur, son rang social et sa
femme. Refusant de se soumettre au rituel du suicide, il défie
le shogun en s’enfuyant avec son tout jeune fils Daigoro.
Sillonnant les routes du Japon, il devient tueur à gages,
n’ayant de cesse de se venger tout en acceptant des missions
sanglantes et rémunératrices. Surnommé Lone
Wolf and Club – le loup solitaire et son petit – l’étrange
duo composé de ce samouraï nihiliste et de son jeune
enfant transporté dans un landau de bois, renouvelle ce
genre de récit historique et guerrier. Les aventures d’Ogami
déclinées sous forme de courts récits pas
forcément chronologiques donnent vie et consistance au Japon
du 17ème siècle où les préceptes du
bushido et le fonctionnement féodal instauré par
les Tokugawa régissent les castes sociales dans un système
rigide et cruel. Cette série des années 70 devenue
culte a exercé une profonde influence sur le manga. Le souci
du détail historique du scénariste, sa capacité à renouveler
les aventures d’Ogami et à faire évoluer le
couple atypique et charismatique de ses personnages allié au
dessin expressif de Kojima y sont pour une grande part. Signalons
de plus un appareil de textes intéressant (introduction
historique et glossaire) qui accompagne cette série très
réussie.
A partir de 15 ans
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MIZUKI Shigeru. - NonNonbâ. -
Cornélius (collection Pierre).
Fantastique / Vie quotidienne
La vieille NonNonbâ,
experte en surnaturel, mythologies populaires et créatures invisibles, est recueillie dans
la famille de Gégé. Ce jeune garçon passionné de
dessin et à l’imaginaire débordant, se nourrit
des récits de fantômes et de yokaï dont l’abreuve
NonNonbâ. Peu à peu, ces créatures deviennent
les compagnons de son quotidien, l’aidant à surmonter
des situations difficiles… Cet album de 420 pages largement
autobiographique, qui mêle réalité quotidienne
et poésie fantastique, est un hymne à l’enfance, à l’amitié et
aux mondes invisibles ainsi qu’une une invitation à jouir
de chaque instant de la vie. C’est aussi une chronique des
moeurs provinciales du Japon des années 30. Mizuki y dépeint
les tiraillements d’un pays attaché à la tradition
et au respect de la nature et des ancêtres (incarné par
Nononbâ) et attiré par modernité (incarné par
le père qui se revendique comme un homme cultivé).
Mizuki marie avec aisance dans ses dessins une très grande
finesse et précision dans les décors et un sens de
la caricature dans la représentation de ses personnages.
Cet album a reçu le prix du manga Kodansha en 1965 et le
grand prix de la ville d’Angoulême en 2007. Considéré comme
un des auteurs majeurs du manga au Japon, et comme un grand connaisseur
des cultures populaires japonaises qu’il a contribué à rassembler
et vulgariser, Mizuki (âgé de plus de 80 ans) a beaucoup écrit
et travaillé sur les yokaï, monstres et créatures
surnaturelles, traits d’union entre le monde des vivants
et l’au delà. Un musée au Japon lui est dédié et
une rue à Sakaiminato (sa ville natale) est bordée
de 83 statues de bronze représentant les yokaï du maître.
Après un parcours étonnant qu’il relatera (il
fera partie d’un « commando suicide » en Papouasie
en 1943, sera maltraité par ses supérieurs militaires
pour avoir survécu, perdra son bras droit lors d’un
bombardement et apprendra à dessiner avec le gauche, sera
recueilli par des indigènes…), il publiera son chef
d’œuvre Kitarô le repoussant dans les années
60, l’histoire d’un drôle d'enfant monstrueux.
L’édition particulièrement soignée et
solide de Cornélius est un vrai régal.
A partir de 14 ans
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MATSUMOTO Taiyo. - Go
go Monster. - Delcourt
Fantastique / Adolescence
Yuki Tachibana est un jeune écolier qui a la faculté de
ressentir et de voir un univers parallèle peuplé d'entités
tantôt protectrices tantôt plutôt angoissantes
que personne ne semble voir. Rejeté par les autres élèves
pour son comportement et ses discours étranges, il ne trouve
réconfort et amitié qu’auprès du vieux
jardinier de l'école. Peu à peu, son imaginaire envahit
la réalité au point d’être indissociablement
liés, des visions étranges l'assaillent et son discours
terrifie toute l'école. Ce qu’il perçoit est-il
bien réel ou n’est-ce que l’expression de son
mal-être et de sa souffrance ? Makoto un nouveau venu dans
l'école, simple et tolérant, saura percevoir dans
quel abîme de folie se jette plus ou moins volontairement
Yuki. Car celui ci est surtout terrorisé à l'idée
de passer à l'âge adulte et de pourrir… Proche
de l'adolescent de Dispersion qui se réfugie dans un no
man's land irréel, Yuki aussi reste dans l'entre deux où les
frontières entre invisible et visible, subconscient et conscient,
rêve et réalité sont perméables. Dans
un système scolaire où uniformité et conformité sont
de mise, Yuki ne parvient pas à trouver sa place. Et c'est
aussi le cas de QI, un élève surdoué qui se
balade constamment avec un carton qui masque son visage… Matsumoto
ne se contente pas d'explorer les névroses des jeunes japonais,
il propose par ce récit fantastique de nous faire sentir
tout en douceur et en dérive l'angoisse et le refus de grandir,
la souffrance d'appartenir à un monde décalé mais
aussi l'importance d'être fidèle à ses désirs
d'enfant, des thèmes personnels présents dans toute
son œuvre mais aussi totalement universels et émouvants.
Matsumoto fait partie de ces génies de la narration dessinée,
atypique et inclassable. Son style graphique résolument
original, loin des canons traditionnels du manga, l'inscrit dans
une réelle démarche d'auteur. Son trait tremblé et
vivant, anguleux et expressionniste, qui cherche à suggérer
des sensations plutôt qu'à retranscrire la réalité donne
vie à des personnages à l'encrage prononcé et
impose une vision sensible et poétique du monde. La qualité de
composition de ses planches, son découpage aéré et
varié, la beauté de la mise en valeur du noir et
blanc, son trait inventif, la justesse des attitudes de ses personnages,
en font un des grands auteurs contemporains. Présenté dans
un coffret cartonné, ce gros livre de 455 pages au papier
de qualité et à la présentation soignée
est à réserver aux lecteurs prêts à découvrir
cette facette poétique et mature du manga. Amer Béton
et Ping-Pong sont aussi deux titres remarquables de cet
auteur.
A partir de 15 ans
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